Tomer Sisley* :
« Je suis juif ET arabe. A mon avis, mes parents m’ont eu juste pour me faire chier ! Je sais pas si vous imaginez le nombre d’ennemis que je peux avoir sur terre. Déjà être 50% juif pour un arabe, c’est pas supportable, mais être 1% arabe pour un juif, c’est juste impensable ! »
*Tomer Sisley est un humoriste et acteur français né à Berlin. Fils de parents juifs d'origine russe et yéménite!
Par Nora Dardir
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C’est un livre important qu’ont écrit John L. Esposito, un des meilleurs spécialistes américains de l’islam, et Dalia Mogahed, une analyste travaillant
pour l’institut de sondage Gallup.
Who speaks for Islam ? What a
billion muslims really think (« Qui parle au nom de l’islam ? Ce que pensent vraiment un milliard de musulmans ») vient
d’être publié chez Gallup Press (New York).
Cet ouvrage s’appuie sur une très large enquête d’opinion, à travers plus de 35 pays et représentant, selon
les auteurs, plus de 90% des 1,3 milliard de musulmans. L’idée est de faire parler les musulmans eux-mêmes et pas les responsables ou les experts.
Les auteurs résument ainsi les principaux résultats de leur enquête :
- Les musulmans n’ont pas une vision monolithique de l’Occident. Ils jugent les différents pays en fonction de
leur politique, pas de leur culture ou de leur religion ;
- Leur principal rêve est de trouver du travail, pas de s’engager dans le djihad ;
- Les musulmans, dans la même proportion que les Américains, condamnent les attaques contre les civils comme moralement injustifiables ;
- Ceux qui approuvent des actes de terrorisme sont une minorité et cette minorité n’est pas plus religieuse que le reste des musulmans ;
- Ce que les musulmans admirent le plus dans l’Occident, c’est sa technologie et la démocratie ;
- Les musulmans pensent que si l’Occident veut améliorer ses relations avec leurs sociétés, il faut qu’il modère ses vues envers les musulmans et respectent l’islam ;
- La majorité ne veut pas que les dirigeants religieux aient un rôle direct dans l’élaboration des Constitutions, mais est favorable à ce que la loi religieuse soit une source de la
législation.
Le chapitre sur les femmes est évidemment très important. Les auteurs montrent les changements de la situation des femmes depuis quelques
décennies, avec leur intégration massive dans l’éducation (notamment au niveau de l’université). Elles veulent toutes plus de droits et notamment l’égalité juridique avec les hommes, le droit de
vote en dehors de toute pression familiale, la possibilité de travailler à n’importe quel poste en fonction de leur qualification (c’est notamment le cas de 76% des Saoudiennes).
On trouvera une présentation du livre par John Esposito sur le blog « The Immanent Frame », ainsi qu’un entretien avec l’auteur, intitulé « Who Speaks for a Billion Muslims ? » et réalisé par Wajahat Ali, sur le site
CounterPunch.
Source: Blog d'Alain Gresh
Par Nora Dardir
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A 88 ans, Gamal al-Banna, frère cadet du fondateur des Frères musulmans, met sur pied une nouvelle
organisation : la Fondation pour la Renaissance Islamique. C'est le fruit de soixante années de réflexion sur l’Islam, pour mieux le faire renaître
Gamal al-Banna accueille ses hôtes dans son appartement, d’où il sort peu. Sur son bureau s’accumulent des piles de livres et de feuilles de papier. Les
murs sont tapissés de livres, la lumière est tamisée. Dans cette antre du savoir, il présente ses positions avec une vivacité d’esprit étonnante.
Depuis la publication en 1946 d’Une Nouvelle démocratie, il n’a cessé d’écrire sur des sujets aussi variés que le droit des femmes ou la République de Weimar. Il a peu à peu affiné sa
vision de la société idéale. Une société "où la religion doit quitter le domaine du politique", où l’interprétation du Coran est offerte à tous. "Le Coran est un guide en
lui-même", dont l’harmonie musicale est aussi "puissante qu’une symphonie de Beethoven", explique-t-il.
Al-Banna perçoit la société musulmane comme une société de justice. Il reflète ici une pensée islamique traditionnelle où la justice est plus importante que les libertés. C’est la clé "d’une
société raisonnable et accomplie" selon lui. Pour cela, aucun besoin de l’Islam dans la sphère publique ; il faut des ONG, des syndicats, des partis politiques.
Selon lui, les jurisprudences islamiques établissent des "lignes fixes"
Le Coran offre une liberté d’interprétation
suffisamment large pour trouver des réponses aux questions actuelles. Ainsi énonce-t-il douze principes dans le manifeste de la Fondation pour la Renaissance Islamique qu’il dit être tirés
directement du Coran. Il revendique que l’objectif de l’Islam est de préparer l’être humain à hériter de la Terre, que l’interprétation du Coran doit être adapté à l’époque dans laquelle nous
vivons.
A l’opposé des revendications de son frère Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans -"qui échoueront" clame-t-il, il prône un abandon de "la notion insoutenable que l’Islam doit
être à la source et gouverner tous les aspects des actions et pensées humaines". Il se prononce en faveur de la liberté d’expression et de croyance et de l’égalité entre hommes et femmes, car
ces dernières ont souffert de textes salafistes fondés "sur des paroles de Muhammad fabriquées ou dont l’origine n’est pas certaine".
Mais, Gamal al-Banna est pragmatique. Il ne travaille pas pour la génération actuelle. Il donne cinquante ans à ses idées avant qu’elles ne puissent se répandre complètement. Il s'y est résolu :
"C’est très dur de faire évoluer les choses en matière de tradition et de religion."
Vivien PERTUSOT. (www.lepetitjournal.com - Alexandrie) mardi 15 avril 2008
Par Nora Dardir
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Entretien avec Olfa Youssef, universitaire tunisienne, spécialisée dans la linguistique et l’interprétation
du Coran, et auteure du livre «Confusion d’une Musulmane» :
Votre dernier ouvrage porte un titre plutôt provocateur,
"Confusion d'une Musulmane". Selon vous, quelle est cette "confusion" de la femme musulmane d'aujourd'hui ?
La confusion exprimée dans ce livre est essentiellement la mienne. Mais elle se réfère indubitablement à celle
d'autres Musulmans, hommes et femmes. Cette confusion résulte de l'énorme différence entre, d'une part, ce que l'on trouve dans le Coran et la sunnah concernant l'ouverture d'esprit et la
possibilité de multiples interprétations et, d'autre part, les lectures nombrilistes qui nous en sont données par les interprétations des juristes, censées être définitives et fermant donc la
porte à l'ijtihad.
C'est la confusion de l'honnête
Musulman d'aujourd'hui, causée par l'image horrible présentée par certains d'un Islam qui ignore l'essence même de cette religion - l'amour, la tolérance, la paix et le bien absolu, au sens
philosophique du terme. A la place, ils présentent l'image d'un Islam horrifiant, repoussant, dans lequel le Musulman se transforme en un monstre féroce, esclave de ses propres instincts,
facilement distrait par les cheveux ou le poignet d'une femme, et qui oublie les devoirs de sa religion et de sa vie. Dans cette version de l'Islam, la femme ne devient rien d'autre qu'un corps
sensuel, dont la seule valeur est sa valeur sexuelle. Aux termes de cet Islam, "l'autre" dont la religion, l'opinion ou l'idéologie est différente devient un ennemi et une cible pour le
terrorisme.
Vous remettez en cause un certain
nombre de sujets non contestés dans le Coran. Vous souhaiteriez revoir les questions de l'héritage, du mariage et de l'obéissance de la femme envers son mari, ainsi que la vie sexuelle dans la
société musulmane. Ne pensez-vous pas que l'entreprise soit risquée ?
Les points que vous soulevez dans votre question ne sont pas mentionnés dans le Coran. Ils ont été introduits par
les interprétations des juristes coraniques. La différence entre les deux est essentielle, et mon livre le montre et l'illustre. Je n'appelle pas à reconsidérer les rôles existants. J'appelle
plutôt à reconsidérer leur légitimité.
Il est temps que
nous comprenions que toutes les lois sont le fruit de l'Homme bien que la source de la loi soit unique - le Coran. [Bien que] nous croyons au caractère sacré du Coran, son interprétation est
humaine et relative. [Cette interprétation] ne peut être sacrée, la preuve en est qu'il existe de multiples interprétations, comme les écoles Ibn Abbass, Tabari et autres courants de pensée
actuels.
Si nous convenons du caractère relatif des
interprétations, alors mon livre vise à montrer les lacunes existant dans les interprétations des vieux juristes en matière d'héritage et de mariage, en particulier. Je ne crois pas que la
critique humaine envers d'autres hommes implique une quelconque transgression des textes divins. A de nombreuses reprises durant l'histoire, des hommes ont été différents et ont critiqué leurs
interprétations mutuelles. Pourquoi alors devrions-nous arrêter de penser et de pratiquer l'ijtihad aujourd'hui ?
Que voulez-vous dire lorsque vous écrivez que certaines chaînes de télévision se
présentent comme si elles étaient la voie vers le paradis ?
Certaines personnes qui n'ont aucun moyen d'accéder à la religion autrement que par le biais de ceux qui parlent
sur ces chaînes de télévision pensent que ceux-ci détiennent la vérité absolue. Ce qui est étrange, c'est que la plupart de ces spectateurs n'ont pas lu les anciens muffassereen (ceux qui
expliquent le Coran), les juristes et les intellectuels religieux et ne savent rien de leurs différences, de leurs opinions ni de leurs origines. Lorsque vous écoutez [les prêcheurs à la
télévision], vous pensez qu'ils se sont assurés de leur place au paradis et que Dieu leur a demandé de donner aux gens la recette pour y entrer.
La capitale tunisienne a récemment accueilli un colloque consacré à la manière de
présenter une image positive de l'Islam à l'Occident. L'image est-elle si noire ? Pensez-vous qu'une mauvaise interprétation du djihad soit responsable de la situation dans laquelle nous nous
trouvons ?
Il ne fait aucun doute que l'image est
noire. Que penser lorsqu'un enfant se fait exploser sous le prétexte du djihad ? Où est notre crainte de tuer des innocents et de tuer l'âme, ce que Dieu a interdit, sauf pour les besoins de la
justice ? Où nous situons-nous par rapport à un prophète connu pour sa miséricorde et pour l'équité de son traitement des prisonniers de guerre idolâtres, même si ces derniers avaient combattu
contre lui ? Que dire alors des civils dans une maison, un restaurant ou sur un marché, qui peuvent avoir des opinions différentes, une autre foi ou appartenir à une autre secte ? Cela nous
donne-t-il le droit de les tuer et de recourir au suicide ?
Je suis partisane de la défense de la patrie si elle est usurpée, et je soutiens l'auto-défense en cas d'agression. Mais que penser de quelqu'un qui est attaqué par Zeid et qui
va alors tuer Amr ? Laissons nos enfants et nos jeunes craindre Dieu, et présentons-leur l'image de l'Islam éclairé.
Parlez-nous de votre projet de mettre en place un comité conjoint avec le chercheur
marocain Rachid Ben Zein pour tenter de trouver une nouvelle approche à l'interprétation du Coran.
Il est faux de penser que certains nouveaux penseurs veulent changer le Coran. Le Coran est sacré et tous, en tant
que Musulmans, croyons en son contenu.
L'interprétation
du Coran n'est pas limitée à certaines personnes. Ni moi ni d'autres ne saurions autoriser des gens ayant certains intérêts politiques à nous dénier un droit accordé par Dieu, le droit à
l'ijtihad. Si nous voulons discuter de nos opinions, nous devons accepter la discussion et la différence. Si nous trouvons une erreur dans notre lecture linguistique ou dans l'une de nos
références méthodologiques, nous devons être prêts à écouter celui qui pourra corriger ce qui doit l'être.
Mais si ces gens souhaitent nous priver du droit à l'interprétation, nous confisquer nos idées et affirmer qu'eux
seuls sont les dépositaires de cette science, mes collègues et moi nous opposerons fermement à eux, quel qu'en soit le prix. Nous sommes la nation de " l'Iqraa ", pas la nation du
"suivez l'ignorant".
Morceaux choisis de l’entretien de Jamel Arfaoui pour Magharebia à
Tunis - 30/05/08
Par Nora Dardir
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